Cinémathèque suisse 
01.05.2018 - 22.06.2018

50 ans de la Quinzaine des Réalisateurs

Retour sur 50 éditions de la Quinzaine des Réalisateurs (du 1er mai au 22 juin)

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50 ans de la Quinzaine des Réalisateurs

 Page du Musée

Infos Pratiques

Petits points d'histoire

Avec le recul, on peut dire que tout a peut-être commencé en février 1968 avec l'éviction de la Cinémathèque française de son fondateur, Henri Langlois. Immédiatement, la majorité des réalisateurs français, toute couleur politique confondue, se mobilisèrent pour défendre celui que Jean Cocteau appelait « Le dragon qui veille sur nos trésors ». Manifestations répétées, campagne de presse, demandes d'interdiction de projeter leurs œuvres faites auprès de Fritz Lang, Charlie Chaplin, Orson Welles, etc. La bataille fut rude, mais Langlois fut réintégré en avril, sans subvention publique et plus indépendant que jamais. Première victoire. En mai de la même année à Paris, les étudiants étaient dans la rue, et la France en grève. Le Festival de Cannes, vite rattrapé par les événements, et face à la colère de nombreux réalisateurs qui retiraient leur film ou réclamaient son arrêt, s'interrompit. Les réunions des réalisateurs se multipliaient : on rêvait de tout changer.

Seize projets de réforme du cinéma français furent présentés et âprement discutés. L'utopie était à l'ordre du jour. Mais plus pour très longtemps : la réouverture des pompes à essence, les départs en vacances, le retour d'une chambre de députés entièrement acquise au gouvernement gaulliste sifflèrent la fin de la récréation. Jacques Doniol-Valcroze eut alors l'idée de regrouper et canaliser les idées émises durant cette période d'ébullition intensive. Ce fut la création de la SRF, Société des Réalisateurs de Films, en septembre 1968 : soit une assemblée de metteurs en scène. Jean-Gabriel Albicocco, Cannois, fut chargé de proposer des réformes à la direction du Festival de Cannes. Mais rien n'y fit, l'administration trop rigide n'était pas encore prête. Albicocco proposa au conseil d'administration de la SRF de créer sa propre manifestation, à Cannes, parallèlement au festival officiel.

Le conseil d'administration, dans un bel élan révolutionnaire, décida d'appeler la future manifestation « Cinéma en liberté ». Doniol-Valcroze suggéra de la sous-titrer « Quinzaine des Réalisateurs », ponctuant ironiquement le « i » de « liberté » d'un bonnet phrygien frappé d'une cocarde tricolore. Sans doute parce que j'avais travaillé avec Henri Langlois, Doniol-Valcroze et Kast me proposèrent de diriger la manifestation, me laissant carte blanche pour sélectionner des films rendant compte de l'air du temps. 65 films furent retenus, présentés dans deux vieux cinémas aujourd'hui disparus : le Rex et l'Olympia. Pas même de catalogue, juste une affiche-programme. La petite équipe – Chantal Nicole, alors secrétaire d'Albicocco, Richard Dembo et Jean-Jacques Schakmundès –, travaillait dans un joyeux désordre, improvisant au jour le jour. Et tant pis si les deux premiers films annoncés, qui n’arrivèrent jamais, furent remplacés la veille de l’ouverture par La Première Charge à la machette de Manuel Octavio Gomez et Lucía d'Humberto Solás, envoyés par Alejo Carpentier, alors à l'ambassade de Cuba à Paris. Le public, lui, curieux et avide de nouveautés, ne nous en tint pas rigueur. Les salles étaient pleines. Bientôt la presse suivit : la Quinzaine était née. Elle a aujourd'hui 50 ans. Grâce à Edouard Waintrop, elle se porte très bien, merci. Dommage que la SRF actuelle ne l'ait pas compris.

Pierre-Henri Deleau, délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs de 1969 à 1998

50 fois audacieuse

Après avoir été lancée par Pierre-Henri Deleau, la Quinzaine des Réalisateurs a continué sa progression au cœur de ce maelstrom que l’on nomma les nouveaux cinémas (1). Un vent arrière qui balaya le monde à la fin des années 1960 et dans la première moitié des années 1970 sur l’air de « changez tout » : changez le cinéma, mais aussi la société.

Ce fut le temps béni de Wanda de Barbara Loden, d'Il était une fois un merle chanteur d'Otar Iosseliani, de Mean Streets de Martin Scorsese, d’Aguirre, der Zorn Gottes de Werner Herzog, de Pioniere in Ingolstadt de Rainer Werner Fassbinder, de La Cérémonie de Nagisa Oshima, de Don Giovanni de Carmelo Bene, du Vent d’est de Jean-Luc Godard, l’époque aussi de la nouvelle vague québécoise, de La hora de los niños d’Arturo Ripstein, de Bhuvan Shome de Mrinal Sen, du Voyage des comédiens de Theo Angelopoulos. Et évidemment des films de la jeune garde suisse, d'Alain Tanner (La Salamandre) à Michel Soutter (James ou pas) ou Francis Reusser (Vive la mort et Seuls).

Le Festival de Cannes « officiel » réagit vite. Dès 1969, en compétition, on put voir Antonio Das Mortes de Glauber Rocha. En 1976, la sélection officielle accueillit entre autres Taxi Driver de Scorsese, Le Locataire de Polanski, Im Lauf der Zeit de Wim Wenders. En 1978, Gilles Jacob devint le délégué général du festival et poursuivit dans la voie de l’ouverture aux « auteurs ».

La marque de la Quinzaine changea donc un peu. Il lui fallut ruser. Elle était moins le recours libertaire face à une officialité, pilotée autrefois par les ambassades des pays étrangers, et se transforma en festival simplement sans pression : sans le poids du « movie-business » international ni l’empreinte des pouvoirs du cinéma français. Une section franche dans tous les sens du terme.

A la fin du siècle dernier, elle réussit, toujours sous la direction de Pierre-Henri Deleau, quelques coups mémorables. Dans le suivant (le XXIe), ce sont la liberté de choix et la vivacité qui permirent à la Quinzaine de garder la flamme, même après le départ de son père fondateur Pierre-Henri Deleau, son guide pendant trente ans.

Sofia Coppola, Rungano Nyoni, Houda Benyamina, Deniz Ganz Erguven, Chloe Zhao, Carlos Reygadas, Damien Chazelle ou Jeremy Saulnier, y seront révélés par l’entremise de Virgin Suicides, I’m not A Witch, Divines, Mustang, The Rider, Japon, Whiplash ou Blue Ruin.

Cerise sur le gâteau, entre 2013 et 2017, les films de la Quinzaine des Réalisateurs, qui pendant longtemps trouvaient à peine des distributeurs, se sont invités avec succès aux Césars (2) et même parfois aux Oscars (3).

La marque « Quinzaine » n’est plus aujourd’hui que celle du vrai cinéma sans les simagrées de la montée des marches, de l’habit de soirée et du glamour obligatoires, sans les diktats des marques. La liberté de marcher hors des clous, tout en respectant le spectateur.

Edouard Waintrop, délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs

1) Cinema Novo brésilien, Cinema Nuovo italien, etc.
2) Les Garçons et Guillaume à table de Guillaume Galienne, Mustang de Deniz Gamse Erguven, Fatima de Philippe Faucon, Divines de Houda Benyamina, Ma vie de Courgette de Claude Barras et Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin reçurent chacun leur lot de statuettes.
3) Whiplash de Damien Chazelle.

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