Cinémathèque suisse 
28.01.2019 - 28.02.2019

Nouveau cinéma italien : entre fiction et documentaire

Cycle sur le nouveau cinéma italien avec notamment deux avant-premières en présence des cinéastes (du 28 janvier au 28 février)

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 Nouveau cinéma italien : entre fiction et documentaire

 Page du Musée

Infos Pratiques

Dépasser les frontières

Renouant avec le Kínēma (« mouvement » en grec) le cinéma italien est, depuis au moins dix ans, en pleine mutation. Grâce à des histoires mêlant vérité et fiction, il trace de nouveaux sillons au niveau mondial, dans les festivals et auprès des spectateurs. Mode intellectuelle ou post-néoréalisme ? Ni l’un ni l’autre : au-delà des héritages et des fardeaux de la période dorée du cinéma italien (1945-1980), c’est une mosaïque, un « art transgenre », un chantier ouvert, avec des récits ancrés dans la terre et des regards portés vers le haut. C’est une troisième voie polymorphe qui filme visages et corps en situation, avec des intrusions dans le docu-fiction et des choix de production qui ne vont pas toujours de soi, un cinéma à double visage, entre grandeur du passé et urgence contemporaine. Avec certaines spécificités : l’attention à des régions d’Italie où le dialecte est roi ou à des métropoles multilingues ; la nécessité de raconter la Méditerranée dont l’Italie est le métronome politique et géographique ; le besoin d’aller plus loin par des détours historiques sur un Proche-Orient volcanique, sur l’Afrique dépossédée, sur l’Amérique profonde.

Ce sont aussi des films qui utilisent de nouvelles techniques : une photo- graphie qui s’affranchit de la vitesse numérique, un montage, un son et une musique plus essentiels et mieux structurés, des producteurs solidaires, attentifs à tisser des alliances internationales. Naissent alors des œuvres à 360 degrés, dont les scènes absorbent une réalité qui déferle. Ainsi, se dessinent des œuvres qui dépassent les schémas habituels, déconcertantes mais prenantes, traversées par des éclairs d’imagination narrative.

Dans ce panorama défilent les fables anthropologiques de Marcello et Frammartino, précurseurs de la décennie ; la distance humaniste d’un Rosi qui égrène solitudes romaines et drames à Lampedusa ; la communauté rom soumise aux règles du clan dans une Calabre incandescente vue par Carpignano ; la jeunesse qui brûle dans la banlieue napolitaine de Di Costanzo ; la vie et la matière, obscures, sous l’œil attentif D’Anolfi et Parenti ; la poétique radicale du sourcier des âmes Delbono ; l’approche philosophique de la maltraitance et la quête des racines familiales par Quatriglio ; une place du Caire et l’enclave de Gaza abordées par Savona ; les migrations entre réalité et représentation de Segre ; une autre Amérique entre rituels fermés et âmes sauvages par Minervini ; la jeunesse prisonnière d’elle-même dans les gros plans de Marra et de Luzi-Bellino ; une séquence amoureuse par De Lillo ; l’enquête politique menée comme une satire par Guzzanti ; les paysages solaires du Nord par Bobbio, Comodin, Del Degan et Anastopulos. Enfin, symbolisant la grandeur de ce cinéma, les immenses frères Taviani qui, avec des détenus devenus acteurs dans Cesare deve morire, proposent un docu-théâtre tombé d’un ciel shakespearien sur une terre ensanglantée, dans une prison de la Rome éternelle.

Maurizio di Rienzo, critique de cinéma

Les autres films de la rétrospective

En marge des avant-premières d’Il cratere et de Samouni Road, la Cinéma-thèque suisse propose un focus sur le cinéma contemporain italien qui brouille les frontières entre documentaire et fiction. Parmi ces œuvres qui empruntent leurs thèmes au réel et leur forme aux contes et aux fables, le documentaire satyrique Draquila, l’Italia che trema de Sabina Guzzanti, l’immersion de Jonas Carpignano dans les communautés clandestines de Calabre (Mediterranea et A Ciambra), ou encore Sacro GRA, portrait d’une société périphérique selon Gianfranco Rosi.