Cinémathèque suisse 
05.05.2021 - 17.06.2021

Rétrospective Abbas Kiarostami

Rétrospective Abbas Kiarostami

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Rétrospective Abbas Kiarostami

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Abbas Kiarostami... et le cinéma continue

A lui seul, Abbas Kiarostami représente plusieurs phénomènes majeurs dans l’histoire du cinéma mondial. Il est d’abord un artiste de premier plan, extrêmement prolifique au cours du demi-siècle qui sépare son premier court, Le Pain et la Rue tourné en 1969, de 24 Frames auquel il a travaillé sur son lit de mort, en 2016. D’une grande diversité, le cinéma de Kiarostami est tout entier construit sur l’idée d’ouvrir des espaces de liberté au spectateur. S’il a débuté dans un organisme dédié aux enfants et aux adolescents, le Kanoun, le réalisateur iranien y a d’emblée réalisé des films aussi émouvants qu’ambitieux, comme Experience ou Le Passager, qui accueillent les beautés et les âpretés de la réalité et suscitent, à partir d’une histoire simple, des questions essentielles.

Découvert en Occident en 1989 grâce au chef-d’œuvre qu’est Où est la maison de mon ami?, il devient la principale figure du mouvement d’élargissement du cinéma international qui se produit à cette époque, permettant la visibilité des cinémas asiatiques, et dans une moindre mesure africains, arabes et latino-américains. Avec le grand film de réflexion sur les puissances du cinéma, et de jeu avec elles, qu’est Close-up et la «Trilogie de Koker» (Où est la maison de mon ami?, Et la vie continue, Au travers des oliviers), il s’établit au premier rang d’un cinéma contemporain attentif au réel et formellement très inventif, susceptible de prendre en charge de multiples thèmes, sentimentaux, éducatifs, politiques, éthiques.

La force paisible de son cinéma, et la reconnaissance qu’elle obtient alors et qui culmine avec la Palme d’or pour Le Goût de la cerise, entraînent la découverte de nombreux autres réalisateurs iraniens, tandis qu’il offre au monde une idée de l'Iran différente des visions réductrices qui ont alors cours – ce dont les dirigeants de son pays ne lui seront d’ailleurs guère reconnaissants, Kiarostami étant régulièrement attaqué par des proches du régime. Lui qui a poursuivi avec une cohérence remarquable son œuvre de cinéaste avant et après la révolution de 1979 qui donne naissance à la République islamique, lui qui aura toujours refusé de quitter son pays, devra néanmoins filmer à l’étranger deux de ses derniers grands films, Copie conforme (en Italie) et Like Someone in Love (au Japon).

Grand auteur et figure essentielle de la mondialisation de l’art cinématographique, Abbas Kiarostami incarne également deux phénomènes majeurs de l’entrée dans le XXIe siècle, la révolution numérique et l’interaction entre cinéma et arts visuels. Après un dernier grand film de facture classique en Iran, Le vent nous emportera, il mène une série d’expériences créatives avec les moyens de la vidéo légère, côté documentaire (ABC Africa) comme côté fiction (Ten). Cinéaste, Kiarostami aura aussi été photographe et vidéaste, explorant de multiples formes aux confins de ces modes d’expression, comme d’ailleurs du spectacle vivant, des installations et – essentielle – de la poésie. Expérimental et sensuel, émouvant et provocant, Shirin reste comme la manifestation cinématographique la plus audacieuse de cette pluralité des langages qu’il n’aura cessé de pratiquer.

Jean-Michel Frodon, critique et journaliste de cinéma, professeur à Sciences Po

Les autres films de la rétrospective

Où commence la fiction? Sur quoi repose une histoire? De quelle manière transmettre les émotions? Comment mettre en scène un propos tout en rendant visible le dispositif même du cinéma? Du premier moyen métrage de Kiarostami intitulé Experience aux ruptures narratives vertigineuses de Copie conforme, en passant par le documentaire ABC Africa, les films proposés en marge de la projection spéciale de Le vent nous emportera contribuent à jeter un éclairage passionnant sur les questionnements qui irriguent l’ensemble de l’œuvre du cinéaste.